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Quelle industrie automobile après la crise ?
24/06/2009 adminVaste question à laquelle Emmanuel Lechypre, responsable du Centre de prévision de L’Expansion s’est attaché à répondre à l’occasion d’une rencontre entre les différents intervenants du secteur.
Après avoir rappelé que la crise actuelle est une purge nécessaire à la correction des excès financiers et immobiliers et que ce type de crise est bien plus long qu’une crise « classique », E. Lechypre établit 5 clés pour anticiper l’avenir :1. Quelle mondialisation des marchés ?
La mondialisation est de moins en moins couteuse : la chute de tous les coûts de la communication et du transport combinée à la révolution du high-tech font que les bénéfices de la mondialisation sont devenus supérieurs à ses coûts. Une certitude : c’est une troisième mondialisation qui commence, différente de celle qu’on a connu jusqu’à aujourd’hui. Elle sera plus politique (terrorisme, privatisation manquées…), plus conflictuelle (quid des salariés non qualifiés…) et moins dominée par l’occident.2. Où va la démographie ?
Une donnée importante car c’est le grand moteur de la demande : on assiste au boom des personnes âgées dans les pays riches et au boom des jeunes dans les pays pauvres. Les pays en développement représenteront au cours du prochain demi-siècle, environ 90% de la hausse de la population mondiale. Leçons a tiré de ces évolutions:
- les pays où les perspectives démographiques devraient avoir des effets défavorables sur l’économie sont l’Allemagne et le Japon (c’était déjà le cas), L’Espagne et L’Italie (arrêt probable de l’immigration, faibles gains de productivité…)
- une pénurie de main d’œuvre un peu partout : 32 à 39 millions en 2020
- des flux migratoires de plus en plus importants3. Quels nouveaux goûts et quels nouveaux besoins ?
- Plus de personnes âgées ne veut pas dire moins de croissance, au contraire les 60-75 ans sont au cœur d’un triangle magique : ils ont du temps, de l’argent et la santé. Ils représentent déjà 60% des départs en voyages organisés, le 1/4 des trajets en avion, 80% des ventes de voitures haut de gamme, sachant que l’âge d’un acheteur moyen de voiture aujourd’hui est de 54 ans.
-Les plus jeunes sont dans une autre logique : ils ne veulent plus des modèles suréquipés hors de prix à entretenir on assiste au passage à une logique de propriétaire à une logique d’usager. Le modèle de la consommation de la voiture va changer : les clients ne s’adresseront plus à des concessionnaires mais à des prestataires qui leur proposeront des voitures en abonnements. Les biens seront ainsi intégrés dans les services
-l’enjeu des pays émergents : avec dans 10 ans 80% des consommateurs moyens qui vivront hors du monde industrialisé
- tenir compte des communautés dans chaque pays4. Quelle nouvelle donne environnementale ?
La nouvelle donne s’oriente davantage vers un scénario d’évolution sans révolution avec une succession de progrès évolutifs. Les experts s’accordent sur quelques tendances d’ici 2030 :
-Les habitudes de consommation changeront peu pour le siècle à venir car l’offre va rester dominée par les grandes énergies disponibles en quantité suffisante : le pétrole continuera à satisfaire 40% des besoins, le charbon 25% et le gaz devrait monter à 30% vs 23% aujourd’hui car il rejette moins de gaz à effet de serre.
-Les énergies renouvelables se développeront que lentement. Ce qui est prometteur pour l’avenir c’est la chasse au gaspi : il serait en effet possible de consommer 20% d’énergie en moins sans rien perdre en qualité de vie. Quasi sûr sur la période 2010-0015 : développement du véhicule hybride et réduction de la consommation et des émissions de CO2 de 30%
Probable sûr sur la période 2015-2020 : développement du véhicule hybride rechargeable, moteur thermique à hydrogène
Possible sûr sur la période 2015-2020 : développement du véhicule à pile combustible
Possible sûr sur la période 2025-2040 : production massive d’hydrogène5. Quels changements réglementaires, quels nouveaux lobbies ?
2 choses à retenir le retour de l’état et des réglementations.
Terrorisme, privatisation et dérèglement manquées, scandales financiers : autant de dysfonctionnements qui poussent les Etats à intervenir sur le devant de la scène après avoir laissé le champ libre au marché. En 1994 seuls 20% des américains déclaraient faire confiance à l’état, aujourd’hui 60% le plébiscitent selon National Election Studies.
Les entreprises vont devoir affronter de nouveaux lobbies notamment la pression des opposants de plus en plus forts déterminées à lutter contre les abus des multinationales. Les ONG sont ainsi passées de 6 000 dans les années 90 à 20 000 aujourd’hui et sont devenues dangereuses et efficaces car elles sont dorénavant capables grâce à internet de transformer des campagnes locales en mouvements internationaux.
Les entreprises sont conscientes que les clients analystes ne regardent pas seulement les performances financières mais aussi la façon dont elles gèrent les problèmes sociaux et environnementaux.Ces 5 clés sont la base pour aider les constructeurs automobiles à repenser leur stratégie actuelle.
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